bureau des hypothèses under construction



































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L’allée d’arbre est une ligne. Plus ou moins droite. A plus ou moins grande échelle. Une succession de points, à intervalles plus ou moins réguliers : des arbres. 

Cette ligne fait des choses.

   
D’abord, elle fait paysage : elle trace une ligne existante, elle souligne verticalement une ligne plate. Elle fait d’un simple chemin une promenade, elle transforme une simple route en sorte d’avenue des campagnes, un monotone canal en axe végétal. Elle devient un point de repère, ou encore : elle pompe de l’eau dans un plat pays qui cherche toujours à l’évacuer.
    Elle nous fait à nous, humains, pleins de petites choses : de l’ombre, un doux bruissement de feuille, une perspective ou encore : elle nous produit du bois. Ça c’est de notre point de vue de chaland, de promeneur, d’habitant, d’automobiliste. Elle fait aussi des choses aux oiseaux, aux insectes, aux autres compagnes végétales qui l’entourent. Et les arbres, eux-aussi, font chacun quelque chose, suivant leur espèce, leur caractère, leur forme, leur personnalité.

L’allée est-elle un patrimoine ? Est-elle un trait culturel ? Le fruit du hasard ? D’une planification ? Sur combien d’années ? A-t-on oublié ses bienfaits ? A partir de combien de points parle-t-on d’une allée ? Doit-on attendre la coupe rase d’une allée existante pour en replanter une nouvelle ? Ou bien peut-on insérer une allée dans une autre allée, pour anticiper la perte ? 

L’arbre a besoin de temps, le temps de la pousse sur plusieurs années, pour ressortir clairement, là, dans l’paysage.  Une allée, c’est une intention ; quand on la voit, on le sait : elle n’est pas arrivée là par hasard. Quelqu’un y a pensé : le lieu propice a été repéré, des arbres ont été choisit, elle a été plantée et elle a fait sa vie.

Sa forme - maitrisée, tenue, par rapport à l’arrivée « naturelle » de la végétation quelque part - nous questionne aussi : est-elle rigide ? Est-ce une lubie d’encore maitriser la nature, comme des pions bien alignés ? Ou bien cet alignement reconnaissable, est-ce la garantie de son entretien, de sa survie ou de son renouvellement ? Est ce un signe, une ligne qu’on laisserait aux générations futures ? Est ce une manière de poser un trait tenu dans une nature qu’on ne peut jamais vraiment maitriser ?

Ou bien serait-ce le moyen de planter sans trop s’en soucier, dans des interstices de bords de routes, de valoriser du délaissé ? Est ce une manière de transformer une route en ligne productive ? Est ce qu’elle fait la même chose qu’une forêt, ou pas du tout ? En planter : doit-on le faire collectivement ? Ou Individuellement ? Qui décide de où on plante, et quand on plante ?

A considérer ça comme quelque chose de culturel, on pourrait se dire que cela nous concerne tou.te.s, nous qui faisons territoire, et que nous pourrions, ensemble, faire du paysage. On aimerait emmener ces questions autour de l’action d’en planter, quelque part, des allées, et collectivement.

Alors on a pensé au comité des allées. 

Si un comité est un groupe de personne qui s’occupe de certaines affaires, si les allées sont une certaine affaire, alors l’allée pourrait-elle être l’outil d’un comité temporaire pour faire territoire ?

Faire territoire
pour aller à la rencontre de ceux qui sont concernés par cette certaine affaire, pour aborder la grande échelle du paysage en s’intéressant à la petite échelle de pleins de lieux dispersés sur ce grand territoire.

Et si ce comité procédait, comment procèderait-il ? Comme des experts ou comme des jardiniers ?
En dressant un diagnostic ?
En repérant des lieux ?
En choisissant des espaces et des espèces ?
En définissant l’interstice, la distance, le nombre ?
En demandant des autorisations ?

En plantant des trous ou en faisant planter des trous ? En plantant soi-même ou en faisant planter ? Et si ce comité était ouvert à tous ?

Et si la plantation de nouvelles allées pourraient augurer de nouveaux petits coins de campagne en ville, là où on n’y avait pas pensé, et où elle ne dérangerait personne, pour prendre le temps de s’installer ? Et si le comité des allées pouvait aussi être une commission des buissons, qui s’affairerait à replanter des coins de bocages ? Et si tout ceci nous permettait de prendre soin, nous aussi, du paysage qui nous entoure, sur le long terme ? A la saison voulue, placer des points, en ligne.  Et si le bureau des hypothèses faisait interface - pour négocier, trouver les moyens, demander le droit, et passer de l’idée à l’action plantée ?

en cours, 2025 
Rosendaël & Leffrinckoucke, FR

Projet soutenu par la Communauté Urbaine de Dunkerque